Le quotidien d’un « sans-papiers » en Californie

Frontière Etats-Unis / Merxique

Le Monde, 29 décembre 2010 :

Le quotidien d’un sans-papiers en Californie
D’après un article de the Economist, du 18 au 31 décembre 2010

Si vous avez la foi dans le Savoir et l’Éducation, vous avez peut-être lu les Raisins de la Colère, de John Steinbeck (The Grapes of Wrath)… Il n’est pas trop tard pour le faire… Rien n’a changé depuis cette époque, si ce n’est que les immigrés ne sont plus des blancs américains d’origine écossaise ou irlandaise qui eux n’étaient pas expulsables, mais des travailleurs, pour l’essentiel, d’origine mexicaine, des travailleurs « sans-papiers » (without papers, undocumented, illegal workers)

Teresa Vega, mexicaine, a décidé de partir aux USA après avoir perdu son premier enfant faute d’avoir pu voir un médecin, à plusieurs heures de marche de son lieu de vie et d’avoir l’argent pour le payer.

Ils ont été interceptés par.la migra, la police de l’immigration et des frontières et reconduits 3 fois à la frontière avant de réussir à passer. Ils ont dû se cacher dans le fossé pour échapper à la patrouille des frontières.

Il arrive que les migrants, renseignés par la rumeur, arrivent au bon endroit au mauvais moment : après la cueillette des fraises, et ils doivent dormir dans la rue. Impossible de se laver pendant deux mois, et à peine de quoi manger. Ils ont finalement trouvé à cueillir des fraises et à gagner un peu d’argent, rejoignant ainsi rejoint la foule des travailleurs « sans-papiers » nourrissent l’Amérique. Parmi les ouvriers agricoles, plus de 80 % sont hispaniques (essentiellement mexicains), dont la moitié sont des travailleurs sans papiers. Ces chiffres sont sans doute largement sous-estimés.

La cueillette des fraises, surnommées le fruit du diable, parce qu’il faut être courbé toute la journée et que cela provoque des maux de dos intolérables, se fait dans par une extrême chaleur. Le froid est pire que la chaleur. Pire encore, la neige fondue ou la pluie qui transforme les champs en bourbiers.

La cueillette du raisin dans la San Joaquin Valley que décrit Steinbeck, se fait accroupie et agenouillé entre les vignes et sous les vignes… couvertes de pesticides… Il arrive que les cueilleurs aient des coups de chaleur et en meurent.

Comme Tom Joad dans le roman de Steinbeck, de nombreux travailleurs des champs qui nourrissent les autres, ont à peine de quoi manger. Un cueilleur de raisins gagne 8 dollars de l’heure. Teresa Vega gagne 65 dollars par jour pendant la saison des fraises. De même son mari. Et ils ont 2 filles à nourrir. Ils vivent dans une caravane sans air conditionné ni chauffage.

En plus du problème de la pauvreté, il leur faut vivre cachés. Le plus dur disent-ils est de ne pas être libres, de ne pas pouvoir sortir (the hardest part is not being free, not being able to go out). Ils doivent parcourir en voiture de longues distances pour aller travailler, sans permis… Ils sont victimes du racisme. Il arrive que les Mexicains qui ont des papiers soient plus racistes que les blancs non hispaniques. Et en 2010, l’état d’esprit est devenu nettement plus hostile., à cause d’une loi controversée dans l’Arizona qui légitime l’animosité. L’immigration illégale est un délit et la police doit appliquer la loi.

À une période, où le taux de chômage est élevé, de nombreux Américains sont convaincus que les étrangers prennent le travail des Américains. The Econmist appelle ces emplois : des emplois volés dont personne ne veut…. (= the stolen jobs no one wants)… En vérité, les Américains ne veulent pas travailler dans de telles conditions de salaire, sans assurance santé, retraite, etc.

Conclusion de l’article : il y aura toujours des gens comme les Vega pour venir aux USA dans l’illégalité. Les barrières ou les murs qui se construisent à la frontière, les hélicoptères qui surveillent la frontière, n’y changeront rien. Comme l’écrivait Steinbeck : comment faire peur à un homme qui non seulement a faim, mais dont les enfants ont la faim au ventre. C’est impossible. Sa peur à lui est au-delà de toutes les peurs.

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