Bonne année 2011 !

Communisme-ouvrier infos, 2 janvier 2011 :

Voilà la nouvelle année, et des cités HLM aux palais somptueux retentit un même cri, « bonne année ». Dans les somptueuses demeures des bourgeois, on se souhaite des profits en hausse, sachant que c’est ce qu’ils obtiendront. Bonne année Monsieur Dassault, de l’Afghanistan à l’Irak en passant par la Somalie, il y a tant d’endroits où les marchés existent pour vendre les outils de mort et de massacres. Bonne année, chers actionnaires de Peugeot, les cadences s’accroissent, la plus-value tirée de la sueur de milliers d’ouvriers continuera de remplir les coffres-forts. Bonne année, très chers actionnaires de Bayer et Rhône-Poulenc, bien des médicaments ne seront plus remboursés, la moitié de l’humanité crève de maladies qui pourraient être soignées, mais qu’importe qu’un peu plus de pauvres crèvent, tant que les marchés solvables sont toujours là. Bonne années enfin aux propriétaires du Crédit Lyonnais, du Crédit Agricole et des autres banques, il y aura toujours plus de travailleurs aux fins de mois difficiles pour leur soutirer des agios ou leur proposer des crédits qu’ils ne pourront jamais rembourser… et qu’importe que le système soit en crise, les États, en pressurant encore plus la classe ouvrière, renfloueront les caisses en cas de besoin. Bonne année, et surtout une bonne santé… ça ne coûte rien de le souhaiter dans ces milieux où l’on ne risque pas le cancer pour avoir passer sa vie à bouffer de l’amiante, où l’on ne connaît pas le stress au travail, où l’on ne risque pas de tomber d’un échafaudage, où l’on ne souffre pas des troubles musculo-squelettiques, où l’on ne respire ni la peinture ni les produits toxiques, et où l’on ne doit pas lutter pour se tenir éveillé en commençant sa journée quand d’autres se couchent…

Mais que nous importe, à nous, les vœux de bonnes années des quartiers riches. Qu’allons-nous nous souhaiter à nous mêmes ? De tenir chaque jour de la semaine, aliénés et exploités par le salariat, ne rêvant dès le lundi qu’au week-end et faisant, dès le samedi soir, des cauchemars en pensant au lundi ? Nous souhaiter de trouver un boulot pour celles et ceux d’entre nous qui crèvent au chômage ? Mais si, c’est possible, une petite mission d’intérim par là, un CAE par ici, et retour à l’allocation chômage en attendant le RSA. Et surtout une bonne santé, pour tenir, au moins un jour de plus, malgré les horaires atypiques, malgré l’angoisse des fins de mois qui commencent de plus en plus tôt, malgré les pressions des chefs et de la hiérarchie, malgré les cadences qui s’accroissent, malgré la menace constante des licenciements, malgré les bruits assourdissants de l’atelier, le froid et les intempéries sur les chantiers, malgré tant et tant de choses. Tenir et ne pas se laisser trop tenter par ce moyen si simple, corde, pistolet ou barbituriques, pour mettre fin aux souffrances quotidiennes. Pas la peine de se souhaiter de tenir ce rythme jusqu’à 62 ou 67 ans, non, on sait bien que l’on y arrivera pas, tenir un an, juste un an de plus. Et pour celles et ceux d’entre nous qui n’ont pas la bonne carte d’identité, se souhaiter de ne pas se faire arrêter lors d’une rafle policière et d’obtenir un retour simple en charter, à moins qu’un coup de taser nous permette de rester, pour toujours, dans cette « patrie des droits de l’homme ». Et de nombreuses d’entre nous qui sont nées femmes, pour une sur dix d’entre elles en France, tenir sous les coups des conjoints, tenir sous les mains baladeuses de chefs qui pensent que le droit de cuissage est inscrit dans le code du travail, et trop souvent, aussi, de collègues, de voisins, de passants qui ne voient dans une femme, non pas un être humain, mais un bout de viande à s’approprier. Pour celles et ceux pour qui le salaire ou les allocations chômage ne permettent pas de subvenir aux besoins les plus basiques de l’être humain, tenir face à l’humiliation de demander un repas comme une aumône aux restaurants du coeur et tenter, aussi, de survivre au froid.

Et ailleurs dans le monde, on se souhaite aussi bien des choses, aux États-Unis, quatre millions d’expulsés se souhaitent de retrouver une maison ; à Bagdad qu’on ne tombera pas dans le prochain attentat, parce qu’on est né chiite, ou sunnite, ou chrétien ; à Port-au-Prince que le petit dernier ne crèvera pas du choléra ; dans les campagnes du Zimbabwe que le bébé qui vient de naître survivra malgré malnutrition ; dans la Bande de Gaza ou en Afghanistan, que l’on ne subira pas de bombardement ; à Téhéran et à Sanandaj, on espère que l’année qui viendra ne sera pas celle où un proche ou un camarade, montera à son tour à l’échafaud ; à une jolie jeune fille d’Erbil qu’elle ne sera pas forcée d’épouser ce vieux cousin éloigné, qu’elle n’aura pas à s’immoler par le feu pour éviter d’être violée ou ne soit pas tuée par son frère pour avoir souri à un autre homme ; à Sidi Bouzid et ailleurs en Tunisie, on rêve d’une année 2012 sans dictature, sans répression et sans misère … Bien des voeux à se souhaiter, tout en sachant qu’il n’y a que peu de chances qu’il se réalisent.

Dans les beaux quartiers, bien sûr, on a aussi ses soucis. Ségolène Royal et Sarkozy se demandent s’ils pourront être président en 2012, tout en sachant que s’ils n’y arrivent pas, rien de dramatique. Les frères Peugeot s’interrogent de savoir s’ils obtiendront tel ou tel marché ou si la concurrence leur prendra, mais l’argent continuera de tomber à flot. Obama peut s’inquiéter de comment il va retirer les troupes d’Irak, il sait que ce n’est pas lui qui tombera au front dans une guerre au service des trusts du pétrole. Dans les quartiers cousus pour riches, ils pourraient très bien oublier de se souhaiter la bonne année, l’année 2011, pour eux, sera de toute façon une bonne année, une année de luxe, une année à vivre du travail des autres, une année qui, même mauvaise de leur point de vue, sera mille fois meilleure que celle du reste de la population. Quant à nous, nous savons aussi ce que nous réserve cette année, des petits moments heureux de solidarité dans les luttes, et le reste du temps, l’abrutissement du travail salarié, les problèmes d’argent, la galère…

A moins que, pour une fois, tout cela change. Que cette année 2011 soit une année d’horreur pour la bourgeoisie, en renversant son système d’oppression et de barbarie, en arrêtant de travailler pour les enrichir par la grève, en retournant, pour les soldats au front, les fusils contre les généraux, en prenant toutes les richesses fruits de notre travail qu’ils nous ont volés, en réorganisant la production pour nous-mêmes et non plus pour leurs profits, en prenant ce qui est finalement notre dû, non seulement les miettes et le pain, mais aussi la boulangerie, et les champs, les usines, et le pouvoir. Finalement, pour nous, forçats de la faim et damné(e)s de la terre, la seule véritable bonne année serait celle où nous commencerons notre lutte finale, pour un monde libéré de l’oppression et de la misère, bref du capitalisme et de la classe au pouvoir.

Camille Boudjak

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